Hélène de Mandrot

Publié le 4 Juillet 2010

logo_patrimoine_euro.jpg Label du Patrimoine Européen - Cérémonie officielle de remise Genève, 9 juillet 2009

Allocution de M. François Marthaler, Conseiller d’Etat, Chef du Département des infrastructures,

Monsieur le ministre de la Culture, Messieurs les Conseillers d’Etat, Monsieur le Directeur de l’Office fédéral de la Culture, Mesdames et Messieurs les Député-e-s, Mesdames et Messieurs les représentants des autorités et administrations fédérales, cantonales et communales, Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir et un honneur, tant pour le Gouvernement que pour l’ensemble des Vaudois, que de recevoir ce label qui distingue le Château de la Sarraz en tant que site ayant une grande importance historique et culturelle.

En premier lieu, je tiens à remercier le comité du Label du Patrimoine pour distinguer ainsi la valeur exceptionnelle de ce site.

A première vue, le choix peut surprendre. Il est vrai que cet édifice ne figure pas forcément parmi les “big 5” que les Vaudois nommeraient spontanément! Si l’attribution du label n’en est que plus remarquable, elle s’explique en fait aisément par la grande activité culturelle, faite de curiosité, d’échange et d’ouverture qui est menée depuis plus d’un siècle et en quelque sorte inscrite dans la substance historique de ce château, édifié il y a 600 ans exactement!

Le mérite de ce rayonnement revient pour une grande part à Madame Hélène de Mandrot qui, durant une bonne partie du XXe siècle, en a été la véritable animatrice, mot à prendre au sens premier du terme, celui de donner une vie, une âme, à un lieu !

C’est elle en effet qui, dans les années 20, décide d'ouvrir le château à l’art et au public. Elle offre ainsi à de nombreux artistes — peintres et sculpteurs, décorateurs et photographes, cinéastes et musiciens — un lieu privilégié de résidence, d’échanges et de rencontres. C’est encore elle qui met sur pied, avec Le Corbusier notamment, le premier “Congrès International d’Architecture Moderne”, le fameux ClAM, qui a par exemple donné naissance à toute la réflexion autour de la responsabilité sociale et culturelle de l’architecture.

Plus tard, elle organise le Congrès International de cinéma indépendant, auquel elle convie, entre autres, le réalisateur du fameux “Cuirassé Potemkine”, je parle bien sûr de Sergej Eisenstein.

Si, durant les années 30, le Château continue à recevoir des artistes, il deviendra un lieu d’accueil pour des réfugiés, des blessés, des enfants durant la guerre. Mais, dès la fin de celle-ci, Hélène de Mandrot relancera son animation culturelle, proposant de nombreuses conférences et réunions.Cette brève évocation biographique doit permettre de souligner la richesse de l’engagement de Mme de Mandrot, d’une part, et, de plus, de mettre en évidence l’importance de la rencontre, du partage, de la confrontation dans tout processus créatif, bref, toute cette dynamique qui est la respiration, vitale donc, de la création et de l’expression artistiques.

Ainsi, le Château de la Sarraz constitue un véritable point de contact entre passé et futur, entre patrimoine matériel, solidement arrimé dans le sol et son environnement, et patrimoine immatériel, plus précaire, mais tout aussi précieux.

A travers les rassemblements organisés par Hélène de Mandrot, à travers les débats ouverts par tous les protagonistes réunis, à travers le réseau d’artistes tissé par cette femme de caractère, le château de la Sarraz réunit bel et bien ces deux composantes de ce que l’on appelle “patrimoine culturel”.

Véritable Kunsthalle des années 20 et 30, la Sarraz a toujours décloisonné les disciplines culturelles pour permettre le débat et l’échange d’idées.

Effectivement, ce site est tout cela : de la Maison des artistes à l’organisation des Congrès internationaux, de la constitution d’une collection exceptionnelle d’art décoratif à la production d’expositions remarquables... il s’agit bien d’un lieu de culture vivante dans un cadre prestigieux.

Tout le contraire d’un vestige historique.

On dit que certains lieux sont prédestinés. Est-ce la proximité de la ligne de partage des eaux, lieu appelé à juste titre le “Milieu du monde”, qui a suscité, cette “circulation” culturelle? Lorsque deux cours d’eau se rencontrent on parle de confluence, s’ils prennent naissance dans un même lieu pour partir l’un vers la mer du Nord, l’autre vers la Méditerranée, pourrait-on parler d’... influence ?

Une chose est certaine, ces lieux se sont enrichis d’apports culturels multiples et ont rayonné à l’échelle de toute l’Europe.

Cette irrigation culturelle doit beaucoup à l’élan de Mme de Mandrot, nous le savons. Mais elle ne saurait continuer sans l’engagement et le savoir-faire de toutes celles et ceux qui poursuivent avec passion et persévérance son oeuvre — qu’ils reçoivent ici l’expression de toute la reconnaissance du Conseil d’Etat vaudois. Gageons encore que leurs efforts se trouveront récompensés et encouragés par l’attribution de ce label.

Je vous remercie de votre attention.

(Seul le texte prononcé fait foi.)

de_mandrot.jpg naissance 27.11.1867 à Genève, décès 26.12.1948 à Toulon, prot., de Morges. Fille d'Aloys Revilliod, financier, et de Rachel de Muralt. ∞ 1906 Henry de Mandrot. Etudes artistiques à Genève, Paris et Munich. Artiste active à Paris, surtout dans les arts appliqués, M. fut cofondatrice de la Société du Musée romand au château de La Sarraz en 1911 (elle en fut la dernière châtelaine après la mort de son mari). Collectionneuse d'art, promotrice du mouvement moderne, elle créa la Maison des Artistes de La Sarraz en 1922. Elle y convoqua plusieurs réunions historiques (congrès international d'architecture moderne en 1928, premier congrès international du cinéma indépendant en 1929). Cette institution constitua jusqu'en 1948 un centre de ralliement pour l'avant-garde suisse et internationale, par-delà l'hostilité du milieu culturel et politique romand.

 

Villa de Madame H. de Mandrot, Le Pradet, France, 1929410x480_2049_972.jpg

Cette construction, exécutée par les entrepreneurs locaux, est formée de planchers de béton armé, portés par des murs en maçonnerie apparente de pierre du pays. Malgré l'emploi de la maçonnerie ordinaire, les thèses habituellement exploitées dans nos maisons se retrouvent ici. Ceci veut dire que la classification est faite très nettement entre les murs portants, qui sont considérés comme des chevalets portant les planchers, et les parois vitrées qui remplissent les espacés laissés vides.

La composition est ordonnée sur le paysage. La maison occupe un petit promontoire dominant la plaine derrière Toulon, elle-même barrée par la magnifique silhouette des montagnes. On a tenu à conserver la sensation de surprise qu'offre le spectacle inattendu de cet immense développement paysagiste et, pour cela, on a muré les chambres du coté de la vue et l'on a tout simplement percé une porte qui, lorsqu'on l'ouvre, dégage sur un perron d'où le spectacle fait comme une explosion. En descendant le petit escalier qui rejoint le sol, on voit surgir une grande statue de Lipchitz, stèle dont la palmette finale se déploie dans le ciel au-dessus des montagnes.

A l'opposé, le spectacle qui est intime a été employé pour animer l'intérieur des pièces, il est précédé par un jardin suspendu qui sert de premier plan et qui relie d'ailleurs l'habitation au Pavillon réservé aux amis.

Hélène de Mandrot la mécène, elle a fait venir dans son château des personnages comme /www.fondationlecorbusier.fr link Le Corbusier

Eisenstein,www.cinematheque.ch/f/expo/hommage-a-la-sarraz-cici-1929.htm llink cineforever.com link

  

   logo_2-1.jpg www.bertrandboesch.ch/Files/sarraz.pdf link


Rédigé par Giselle de la Sarraz art

Publié dans #histoire d'hier et d'aujourd'hui

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